A travers ces ports, finis ou en projet, les pays de la CEDEAO souhaitent assurer leur indépendance en matière d’approvisionnement et surtout être la source de l’approvisionnement de l’hinterland. Un enjeu crucial alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) se met en place.

Les succès de Tanger Med du Maroc (24e port mondial avec 7,17 millions de conteneurs EVP traités en 2021), les innovations dans la construction des navires commerciaux, avec notamment des porte-conteneurs de plus en plus grands, et la concurrence entre les ports pour approvisionner les pays de l’hinterland poussent les pays d’Afrique de l’Ouest à investir dans des ports en eau profonde.

Si pendant longtemps, le port de Lomé était le seul en eau profonde de la région, l’inauguration le 31 octobre dernier du premier port en eau profonde du Nigeria, première puissance économique du continent, vient relancer la concurrence portuaire au niveau d’une région où tous les pays côtiers ou presque comptent se doter de ports en eau profonde. Ces infrastructures devraient contribuer à booster les échanges commerciaux intra-africains parfois freinés par des problèmes logistiques et portuaires, mais aussi offrir aux pays qui en possèdent des avantages compétitifs pour approvisionner ceux enclavés d’Afrique de l’Ouest et centrale (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad…), ainsi que les pays côtiers qui ne disposent pas de ports en eau profonde et qui dépendent des transbordements de certaines marchandises en provenance de ces ports.

Une chose est sûre, avec les ports déjà opérationnels et ceux en cours de construction, l’Afrique de l’Ouest sera pourvue en infrastructures portuaires à même de contribuer à la fluidification des échanges commerciaux de la région et vis-à-vis du reste du continent et du reste du monde au moment où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) commence à devenir une réalité.

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Et à ce jeu, disposer d’un port en eau profonde constitue certes un atout considérable, mais pas suffisant. Il faudra être compétitif et offrir les meilleurs services avec la célérité requise pour bénéficier de la faveur des opérateurs économiques de la région qui auront la possibilité de jouer la concurrence entre les différents ports des pays voisins dans cet espace économique intégré que constitue la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

A ce titre, le Port de Lomé, en étant le seul de la région à figurer dans le top 100 des plus grands ports à conteneurs du monde, ne compte pas céder facilement sa position de leader régional. Toutefois, grâce à l’adossement des ports en eau profonde de la région à des géants mondiaux du secteur portuaire et du transport maritime, certains nouveaux ports, capitalisant également sur l’importance de leurs économies, comme c’est le cas du Nigeria particulièrement, et des pays de l’hinterland et de ceuxn’ayant pas de port identique (Côte d’Ivoire et Sénégal), peuvent jouer les premiers rôles dans les années à venir.

Le Port Autonome de Lomé (PAL), premier port en eau profonde de l’Afrique de l’Ouest

Malgré sa superficie (57.000 km2), le nombre relativement faible de ses habitants (un peu plus de 8 millions) et surtout sa côte maritime large de seulement 50 km, le Togo disposait, jusqu’à une période très récente, du seul véritable port en eau profonde de l’Afrique de l’Ouest. A ce jour, le Port autonome de Lomé (PAL) est considéré comme l’un des plus modernes au monde et surtout le plus efficient de l’Afrique subsaharienne, intégrant même, en 2022, le top 100 (96e) des plus importants ports à conteneurs du monde avec 1,96 millions de conteneurs équivalents vingt pieds (EVP) traités.

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Avec son tirant d’eau de 16,60 mètres, ouvert 24h/24, le PAL peut accueillir des navires à fort tirant d’eau dont ceux dits de 3e génération. Il bénéficie également d’une bonne connectivité avec les pays limitrophes (Nigeria et Ghana) et de l’hinterland (Mali, Burkina Faso et Niger) pour lesquels il constitue un hub de transbordement et une porte d’entrée. Et face à la concurrence des nouveaux ports en eau profonde de la région, le PAL a, dans le cadre du Plan national de développement (PND) couvrant la période 2018-2022, engagé des investissements visant à augmenter sa capacité et à le transformer en améliorant la qualité de ses services.

A ce titre, le groupe français Bolloré a construit un troisième quai de 450 mètres de long et 15 mètres de profondeur, alors que Lomé Container Terminal a investi 324 millions d’euros dans un terminal de transbordement. L’objectif fondamental est de faire passer le temps moyen de passage au port des navires à 24 heures dès 2022, et ce, grâce à une plateforme multiservices permettant l’accélération du traitement des marchandises et d’accroître le volume des conteneurs traités à 3,05 millions de conteneurs EVP.